La panthère

La panthère

La panthère

 

Il l’avait fait se déshabiller et une fois qu’elle fut nue, il avait exigé qu’elle se mette à quatre pattes. Du bout de sa cravache, il lui avait ouvert les jambes et puis, écarté ses mains. Ces quelques modifications dans sa posture rendaient la position bien plus difficile à tenir. « Ne bouge pas », lui avait-il soufflé à l’oreille. Et elle avait obéi. Il s’assit et sans lui donner d’autres directives, attendit que le temps fasse son œuvre. Il la surveillait attentivement pour déceler la moindre faille dans sa posture. Le plus petit mouvement, elle le savait, entrainerait une punition. Il y avait un sens, mais elle ne le décelait pas encore. Se jouait-il d’elle, trouvant l’excuse parfaite pour une correction inévitable.

La position devint, comme elle l’avait supposé, rapidement inconfortable. « Ne bouge pas » se répéta-elle-même si elle avait l’impression que son immobilisme n’était que mouvement, ainsi gainé, ses muscles tremblaient et elle essayait par de discrètes contractions de repartir son effort. Elle n’avait que rarement eu autant conscience de son corps, de ses forces, de ses faiblesses. Et dans cette découverte, elle se comprenait différemment. Au-delà, de son âme, elle était un corps et sa chair, avait lors de cette épreuve son propre langage. Une douleur sourde, ténue qui n’était du fait que de sa propre obéissance. Elle était tiraillée entre son désir de lui obéir et celui, plus profond de se révolter contre ce traitement. Un paradoxe empli d’une étrange humanité, ses chaines n’étaient que raison et son instinct lui hurlait de s’en défaire.

Elle était attentive à lui, à la moindre de ses inflexions de son visage. Cherchant dans chacune de ses expressions, son contentement ou sa désapprobation. Elle se focalisait sur lui pour ne pas succomber à ses envies de mobilité. Il était son maitre, la force sur laquelle elle s’appuyait pour résister.

  • Ma panthère

Elle aimait qu’il la nomme comme cela. Panthère, depuis qu’il l’avait commencé à l’appeler de la sorte, ce mot résonnait en elle, en devenait idée. Elle avait toujours eu un côté bestial, mais il lui donnait à chaque fois qu’il prononçait ce mot, une forme de plus en plus distincte. Panthère.  Sa peau ambrée en devenait sombre pelage et ses griffes de plus en plus acérées. « Ma panthère » continua-t-il à répéter et comprenant qu’on l’invoquait, l’animal réagit. Son esprit étant accaparé par ce besoin de contrôle, le félin s’imposa en elle. Elle l’avait si souvent ressenti, mais jamais il n’avait été si distinct, d’un côté, il y avait la soumise, de l’autre la bête.

Elle lutta pour conserver le contrôle, mais se savait en sursis, plus la souffrance s’accentuait, moins elle pourrait combattre sa partie animale. « Ne bouge pas », mais les mots perdaient leur sens. « Ne bouge pas » la soumise imaginait parfaitement la douleur de la punition, mais son côté animal voulait l’éprouver, savoir, alors qu’il s’éveillait, si sa force pouvait supporter. La panthère était arrogante, beaucoup trop confiante.

La douleur devint intenable…  Mais son maitre ne la libéra pas. Sa chair hurlait en elle et son esprit s’étiola à mesure de ses pulsions naissaient. Elle ressentit une étrange colère, un sentiment soudain qui la déborda. Dans ce chaos, quelque chose émergea. Une résurgence primale. « Ma panthère ». L’animal redressa la tête à son appel et soutint son regard.

L’homme esquissa un sourire. L’homme… La panthère refusait de lui accorder le titre de maitre. Elle montra les crocs, feula. Féline et dangereuse, elle ne bougea pas, mais cette fois, de son propre chef. Elle observa, attendit… L’animal voulut se libérer des liens de son humanité, jaugea son adversaire. Elle nia son autorité. Pourquoi devait-elle plier devant un simple mot ? Maitre. Cela lui parut si vide de sens. Le pouvoir se prend, il ne s’octroie pas.

Elle bascula son bassin vers l’arrière, redressa son torse et plia légèrement les bras pour assurer tant son confort que sa stabilité. Ce mouvement était un défi, un affront à son ordre. Et à son tour, elle l’observa en attendant le moindre de ses mouvements.

  • Une panthère ne s’apprivoise pas, elle se dompte.

Il avait raison. Jamais elle ne serait comme sa soumise, docile et obéissante. Non, elle sera fougueuse et sauvage, n’écoutant que ses envies, ne répondant qu’à ses propres besoins.

Il se leva et se saisit de sa grande cravache, elle connaissait parfaitement la douleur et malgré ses bravades, elle s’en méfiait. Elle garda une distance raisonnable et lui ne chercha pas à l’acculer. Il s’observait mutuellement, attendant le moment propice pour se saisir de l’autre.

Alors qu’elle s’apprêtait à l’attaquer, il bougea le premier. Il lâcha la cravache et d’un pas rapide, s’approcha d’elle pour la saisir. Sa main agrippa son cou et sans le moindre ménagement, il la plaqua au sol. Elle eut le souffle coupé par cette soudaine brutalité et resta, un instant, interdite. Elle ne s’attendait pas à cela. Dans son regard, elle décelait quelque chose de différent. Derrière ce contrôle absolu, un chaos sauvage se terrait. Elle frémit à imaginer que son côté animal puisse surgir et pourtant, secrètement, elle l’espérait. Elle essaya de se débattre, mais en vain, il faisait peser son poids sur elle et l’empêcher de se libérer. Son corps se pressait conte le sien, réduisant au maximum ses mouvements. Elle aurait dû prendre peur d’être ainsi emprisonnée, mais ce n’était pas le cas, la soumise en elle l’intimait à la confiance.

Lentement, il desserra sa main, lui offrant un semblant de liberté. « Une panthère ne s’apprivoise pas… » Elle voulut lui rendre la pareille, lui prouver aussi sa force. Elle contracta son corps pour se dégager encore un peu plus et une fois, qu’elle eu assez d’aisance pour redresser sa tête, elle le mordit. Derrière le tissu de sa chemise, elle sentit sa chair sous ses crocs, son épaule était dure, noueuse. Elle augmenta la pression de sa mâchoire pour lui faire payer son attaque, mais il ne cilla pas, se contentant de supporter la morsure. Se jouait-il d’elle ou au contraire, lui laissait-il le présent de sa placidité. Plus elle resserrait les dents sur lui, plus la panthère se révélait. Avait-il en la nommant, donné forme à ses besoins ou sa présence la rassurait-elle à un tel point que la féline en elle pouvait sortir sans crainte. Peut-être est-ce un mélange des deux. Même si son visage restait impassible, elle sentit son corps réagir, le muscle se contracta pour se protéger de la douleur. Cette réaction l’incita, l’excita et elle redoubla d’efforts pour le faire céder. Elle mordit sans la retenue qu’aurait pu avoir une humaine, elle mordit avec la fureur d’une prédatrice. Elle mordit pour faire mal, pour abattre sa proie. C’était un sentiment jouissif, presque absolu. Une prise de pouvoir dans sa perte de contrôle.

Elle sentit sa main s’entremêler dans ses cheveux et les tirer vers l’arrière. À la douleur qu’elle lui infligeait, il répondait à une équivalente pour la faire lâcher. C’était un dialogue purement bestial ou la souffrance se substituait aux mots. Qui céderait le premier ? Elle connaissait la réponse, mais voulait encore profiter un instant de ce combat…  Elle affrontait toujours un homme, la bête en lui restait toujours tapie dans l’ombre attendant qu’un adversaire digne de ce nom se présente à elle. Pas encore… La panthère découvrait seulement sa force, mais était déjà consciente de ses limites. Elle desserra lentement son emprise et se laissa tirer vers l’arrière.

L’homme semblait satisfait… elle s’était attendue à le trouver irrité par son agression, mais il n’en était rien, au contraire, il sembla qu’il l’avait envisagé, voir même qu’il avait prévu sa réaction. Sans la quitter du regard, il se détacha d’elle et précautionneusement, se releva. Il avait raison d’être prudent, la panthère si elle avait décelé la moindre ouverture de sa part aurait profité de sa faiblesse pour réitérer son attaque. « Une panthère se dompte… » Elle comprenait la nuance, sa nature la pousserait à être sans cesse prédatrice, elle ne plierait que devant plus dangereux qu’elle, que devant plus sauvage… Mais la nature n’était-elle pas comme cela, régie par la loi du plus fort, si on n’était pas prédateur, on était destiné à être proie…

Dès qu’il fut debout, elle se redressa sans pour autant se relever. Elle voulait rester à quatre pattes, elle refusait pour l’instant de reprendre ce statut d’humain dont elle s’était libérée. Il déboutonna sa chemise et la posa soigneusement sur le fauteuil. Elle ne l’avait jamais encore vu dévêtu. Ses épaules étaient larges et sa musculature même si elles n’étaient pas dessinée, étaient bien présentes. La panthère aima ce côté brut, elle n’en avait que faire de l’esthétisme, elle préférait la puissance pure de son emprise.

Sur son épaule, une marque rougeâtre, sa morsure était bien visible. Malgré la protection du tissu, chaque petite trace de dent s’était imprimée sur sa peau. Elle ressentit une étrange fierté à la vue de celle-ci, elle avait été assez sauvage pour l’atteindre et pour avoir laissé sur son corps, son empreinte. L’homme ne paraissait nullement affecté par celle-ci, si la morsure était douloureuse, il n’en montrait rien. Elle aurait dû être déçue, mais elle apprécia sa résistance. Avec lui, elle pourrait sans crainte, explorer sa force.

Il s’assit à ses côtés et glissa sa main sur sa nuque. La féline se laissa faire, sa poigne était aussi ferme que son geste se révélait doux. Il affermit sa prise et l’attira vers elle, elle grogna pour la forme, mais se laissa faire. Collée contre lui, elle ressentit tant d’envies primales, ce n’était nullement sexuel, c’était si différent. Elle le renifla, son odeur était enivrante. Elle éveillait en elle, une faim de chair, un appétit bestial. Du bout de la langue, elle lapa sa peau pour en découvrir ses saveurs. L’animal en elle voulut le connaitre, le découvrir. Elle devait appréhender son corps pour l’accepter. Il lui laissa le temps de prendre ses repères, de se faire à lui. Étrangement, elle se sentit bien à son contact. Son instinct n’exprimait aucune méfiance à son égard. Il était dangereux, elle le ressentait au plus profond de son être, mais pour cette même raison, elle se savait en sécurité à ses côtés.

« Ma panthère » Il insista sur le Ma… Il était possessif, mais cela ne lui déplut pas. Elle ne serait pas soumise, mais elle voulait bien lui appartenir tant qu’il resterait assez fort pour la conquérir à chacune de leur rencontre. Elle se pourlécha ses badines et le mordilla. Elle ne lui obéirait jamais docilement, elle n’en ferait qu’à sa tête. Mais l’homme devait l’avoir bien compris, car il ne prit pas ombrage de son initiative. Un animal sauvage ne sera jamais domestiqué. Elle passa ses griffes sur son torse, elle hésita à graver des sillons sur sa peau, mais se ravisa, elle restait prudente. Elle savait que l’homme était dur et pouvait faire mal, les précédentes séances de la soumise lui avaient appris la leçon. Elle le titillait juste, jaugeant de sa patience à son égard.

Il passa sa main sur son corps, ses doigts se refermèrent sur sa chair. À son tour, il testait ses limites. Une caresse autant qu’une prise de pouvoir. Elle se surprit à aimer cela. Elle s’approcha un peu plus de lui, collant son corps nu contre sa peau. Elle avait toujours gardé ses distances, mais la féline en voulait plus. Elle voulait le ressentir. Lovée contre lui, sa faim devint insoutenable, ses griffes s’enfoncèrent plus profondément. Elle saliva. Ce contact excitait ses envies, des désirs primaux si loin de ceux qu’aurait pu vouloir la soumise. Elle souhaitait autant l’affrontement que son attention, un paradoxe purement animal. Elle voulait dominer, mais qu’il la maitrise, qu’il la force à tenir sa place, à être en dessous de lui… Ces sentiments la submergèrent à nouveau. Elle était de plus en plus féline, de moins en moins femme et savourait cet abandon, cette perte de contrôle. Il lui avait prouvé qu’il pouvait se défendre, être à la hauteur, pourquoi devrait-elle encore se maitriser.

Elle se laissa définitivement envahir, une rage primaire qui s’entremêla d’une félicité troublante. Elle planta à nouveau ces crocs dans son épaule, elle voulait lui faire mal et dans la douleur, s’attacher à lui.  La panthère voulait l’obliger à la combattre, à la saisir… elle voulait lui prouver sa force et ne se retint pas, elle ferma sa mâchoire dans le seul but de le dévorer. C’était une pulsion d’une intensité rare et elle n’avait plus ni la force ni l’envie de la refouler. Elle resserra en attendant qu’il se défende ce qui ne tarda pas. D’une main, il la saisit par sa crinière et de l’autre, par le cou… Il tenta de la forcer à lâcher prise, mais elle contracta le moindre de ses muscles pour lutter, mais en vain, malgré son obstination, il resserrait de plus en plus ses mains. Elle savait pertinemment qu’elle céderait la première. Lui, non plus ne jouait plus. Elle avait toujours affaire à l’homme, mais elle ressentait l’animal tapi en lui. Elle avait réussi à attirer son attention et en cela, elle avait atteint son but.

Il bascula sur le côté et elle fut obligée de relâcher son emprise et de suivre le mouvement. Elle se retrouvait une nouvelle fois, à sa merci, écrasée par sa masse. Elle essaya de le mordre à nouveau, mais en vain, il la maintenait bien au sol. Il ne faisait plus preuve de la moindre sollicitude et elle adora cela. Appuyant son genou entre ses cuisses, il la força à ouvrir ses jambes et en dominant, il se glissa dans l’interstice. Malgré son pantalon, elle pouvait sentir son désir. Cela rendit folle la panthère, elle voulait qu’il affirme encore un peu plus sa possession, elle voulait qu’il l’envahisse et qu’il ne lui laisse d’autre choix qu’une reddition absolue. Elle l’enserra de ses jambes et tenta de l’attirer à elle, mais en vain. L’homme en avait décidé autrement. Il appuya un peu plus sa paume sur sa trachée et l’empêcha définitivement de respirer. Elle résista une dizaine de secondes, mais ainsi privé d’oxygène, l’asphyxie l’intima à capituler. Dès qu’elle se calma, l’homme desserra lentement sa main et elle inspira.

  • Tu m’appartiens.

Il ne posait pas la question, il énonçait un fait. Elle était à lui. C’était une évidence, elle le ressentait au plus profond de sa chair, de son être. Sa présence faisait écho à ses plus sombres instincts et chacun de ses sens percevait qu’il était son alpha.

  • Tu viendras quand je t’appellerai et tu m’obéiras. Tu es panthère. J’accepte que par ta nature, tu ne sois jamais totalement domestiquée, mais à chacune de tes bravades, je te punirais de façon proportionnelle à tes écarts… Tu apprendras à me craindre et à respecter mon autorité.

Au-delà de la voix de l’homme, elle percevait les grondements sourds de son animal intérieur. Elle frissonna autant par peur que par plaisir. Jusqu’où allait-il l’entrainer ? Elle avait l’impression que son calme n’était que prélude à une fureur incontrôlable. La soumise appréciait sa maitrise, mais la panthère, elle, voulait bien plus de lui. Elle lui ferait ôter son masque d’humanité pour découvrir ce qui ce qui se terrer derrière…

  • Tant que tu m’obéiras, tu auras ta place dans ma meute. Je te veux panthère, rare et redoutable, cruelle et envoutante… Tu enfonceras tes crocs dans la chair et tes griffes lacèreront nos proies. Tu chasseras avec moi.

Chasser avec lui. Cette perspective l’excita au plus haut point. Elle mordilla ses babines, salivante d’envie. Son estomac se tordit, elle avait faim de lui, de ses proies, de son monde. Tant de perspective qui éveillait en elle, un appétit insatiable. A ses côtes, elle voulait dévorer le monde. La panthère sera terrible tant qu’il sera là pour l’invoquer et la contrôler. Il était son alpha et elle percevait toutes les implications de ce terme.

La main quitta son cou et elle ne bougea pas, elle n’avait plus envie de jouer, elle voulait juste sa présence. La voyant calmée, il se releva et sans la quitter des yeux, retourna s’assoir. La panthère se remit sur ses pattes et vint se blottir contre ses jambes. Elle s’y sentait pour la première fois à sa place. Se sachant en sécurité, elle ferma les yeux. Il était temps pour elle se terrer à nouveau et de libérer la soumise. Mais la féline resterait vigilante, au moindre de ses appels, elle sera présente…. Et son sommeil lui aura ouvert l’appétit, elle aurait faim, très faim….

 

 

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